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Un marathon d'enfer (suite)

Profitant de l’absence d’Anne (qui a gardé un mauvais souvenir du vélo avant un marathon), nous partons, ce jeudi, à bicyclette visiter la ville et ses alentours. On nous avait dit que cette capitale scandinave n’était pas la plus jolie mais nous sommes agréablement surpris par ses nombreux parcs, son bord de mer, ses ponts sur l’eau et ses petites îles. Nous découvrons, ici et là, des parties du parcours où j’imagine encore réaliser des exploits dans deux jours ! Damned, ça monte et ça descend beaucoup mais ce jour-là, les paysages sont charmants. 
Nous retrouvons Anne, Yves et Napo. Plus tard, arrivent Sophie et Jérôme, le groupe est au complet. 
Le soir, de retour à l’hôtel, en regardant les nouvelles sur Internet, nous découvrons le drame à PukkelPop. Mon fils, Tomas, est là-bas. Je panique, je m'inquiète. Luis relativise puis s'endort dans un fauteuil … Je n’arrive pas à le joindre. Heureusement, mes amies sont là. Elles me rassurent : « Yves Letherme ne t’a pas appelée »... Tard dans la nuit, je reçois des messages rassurants. 

Vendredi, promenade tranquille, c’est la veille du marathon. Nous visitons les deux fameuses églises d’Helsinki, la protestante et l’orthodoxe. Moi, la mécréante, je brûle un cierge pour les jeunes du festival. J’aurais peut-être du en brûler un deuxième pour éviter l’enfer du lendemain … Après le passage au marathon expo pour retirer les dossards, nous trottinons les 30 dernières minutes de notre programme. En voilà au moins un que j’aurai respecté et mené jusqu’au bout. J’ai d’ailleurs pris beaucoup de plaisir à le suivre fidèlement avec mon amie Brigitte. Je garde même un bon souvenir des nombreux tours de piste qui nous donnaient presque le tournis.

Il y a beaucoup de vent ce samedi matin. Dans la salle du petit déjeuner nous regardons, inquiets, claquer les drapeaux. Nous n’avions pas pensé à celui-là ! Nous avions imaginé la canicule, le froid, la pluie, … Le stress monte mais le petit déjeuner passe encore bien. Il faut dire que ce sera le seul repas avant ce soir, la marathon est à 15 H, l’attente va être longue.

Le soleil tape sur la pelouse du stade où nous patientons et le vent ne faiblit pas. Le temps s'écoule fébrile jusqu'au moment du départ. 
Les premiers kilomètres, comme d’habitude, ne sont pas les plus agréables (embouteillage, attente du bon souffle, …). Puis, pendant quelques temps, les sensations sont bonnes. Mais assez vite, je commence à avoir mal aux pieds. Dixième kilomètre, je regarde ma montre, je suis dans les temps. Tant pis pour les pieds ! Le vent souffle, ce n’est pas facile. Mes pieds me font de plus en plus mal, j’ai l’impression d’avoir des sabots. Le vent est vraiment fort. Je vais prendre un peu de gel, ça ira peut-être mieux. Au 21ème kilomètre, je suis en retard. Je commence à me sentir plus cheval de trait que jument fougueuse. Où est le plaisir de courir ? Où sont les charmants paysages du bord de mer ? Je croise la tête de la course, ils sont au 31ème kilomètre, seulement ! J’ai le vent en pleine face, ça ira mieux au retour … Maintenant, j’ai mal aux jambes. Je croise Luis, c’est lui qui me voit, moi, je regarde par terre. Déjà résignée ? Lui a encore l’air bien. Je n’aurais pas du prendre ce gel, il ne passe pas. Les kilomètres n’ont plus ne passent pas, ils me paraissent de plus en plus longs. Je cherche à me mettre à l’abri du vent derrière quelqu’un. Ça monte un peu, on me dépasse. Je croise Brigitte, elle a le sourire. Moi, je dois avoir l’air d’une pocharde. Voilà Nadine, elle est comme moi, elle regarde ses pieds. Il y a du monde le long du parcours, les encouragements glissent sur moi sans m’atteindre. Je me sens mal. Je m’arrête entre deux voitures. Je repars, ça ne va pas mieux. On me dépasse de plus en plus. Je n’arrive pas à suivre les ballons des 4 H. Je n’avance plus, mes pieds pèsent une tonne, mes jambes ne répondent plus et ma tête non plus. Le moral m’abandonne. Il reste 15 kilomètres, les côtes se profilent, c’est la descente aux enfers. Je broie du noir, je ne veux pas passer dans le rouge. A quoi bon ? Je me rappelle une phrase de mon livre : « Les seuls désagréments qui vaillent la peine qu'on les supporte doivent être à la fois de courte durée et produire un bien supérieur ». Là, je ne suis vraiment plus dans ces critères. Si je commence à marcher, je ne vais plus pouvoir repartir. En combien de temps vais-je terminer? Ils vont m’attendre des heures … On est au 29ème kilomètre, je reconnais l’endroit, je connais un raccourci pour rentrer … je jette l’éponge, je mets fin à mon calvaire. Je ne suis pas fière mais je n'aurai pas vendu mon âme au diable ! Un enfer, ce marathon ! 

A l’arrivée, j’attends mes amies avec impatience. Elles arrivent dans la douleur, elles ont souffert mais elles ont tenu jusqu’au bout. Elles sont magnifiques. Bravo à vous tous qui avez terminé ce marathon !

Après ces chouettes journées passées ensemble (malgré ce foutu marathon), nous continuons notre séjour chacun à sa façon. Ce sera en pleine nature pour Luis et moi. Quel bonheur ces paysages de forêts et de lacs, cette ambiance de bout du monde. On se ressource à pied, à vélo, en kayak. Finalement, la Finlande est un super pays pour les sports nature mais beaucoup moins pour le sport effort ! 

Vendredi, il faut rentrer à la maison... 20H45 sur le quai de Bruxelles Midi, nous attendons notre train ... il n'arrivera jamais. Tout ne finit pas si bien dans cette histoire …


Le marathon ... vu par Anne et Yves (suite)
Après avoir pris possession de nos chambres, nous reconnaissons rapidement notre territoire et le centre de la ville, au demeurant pas du tout la cité triste et déprimante annoncée.
Le vendredi, nous nous rendons à la foire marathon pour retirer nos dossards et nos beaux t-shirts made in Finland et non Taiwan...

Enfin, voici le jour du marathon tant attendu. Petit-déjeûner scandinave copieux et départ pour la course qui se déroule à 15h.
Nous nous imprégnons de l'ambiance dans ce vieux stade bien sympathique des j.o. de 1952 et attendons le départ. C'est parti pour quelques heures de pur bonheur et de moments plus difficiles.

Nous avons choisi d'améliorer le chrono d'Anne sans prise de tête car la forme du jour décidera du reste. Déjà un arrêt technique après 1,5 km, le stress de l'attente sans doute. Il fait plus chaud que prévu et la petite brise de face fait du bien même si cela freine notre progression. On profite du joli parcours et nous sommes même encouragés en français, le maillot SNCF d'Yves y étant sans doute pour beaucoup. Comme dans chaque marathon, l'excitation du départ fait place à l'euphorie de la mi-parcours avant de nous rappeler que le marathon fait 42 km et que les jambes qui enregistrent la distance commencent à manifester leur désaccord avec ce long exercice.
Les petites côtes se font ressentir et c'est à la tête de prendre le relais. Comme tout marathon, on passe par tous les états d'âme, jouissance, souffrance, désespoir et soulagement. On s'accroche, on croise déjà les premiers coureurs sur le retour alors que l'on arrive seulement au semi. Qu'importe, le premier ravito solide est là mais désespoir au désespoir, seulement des cornichons. Contre fortune bon coeur, Yves s'adapte. On se perd de vue tellement accaparés par ce curcubitacé. Un cri, on se retrouve et on repart pour les derniers très longs kilomètres. Les jambes deviennent lourdes et le moral en prend un coup. Arrêt technique et Yves met longtemps à me rejoindre. Il peine et finit par marcher. Il me rejoint finalement au 34e km et se sent mieux après avoir pu prendre sa foulée normale. C'est à présent lui qui me pousse à mordre sur ma chique. 39e km, ça monte. J'ai envie de marcher, il m'encourage, crie pour me faire avancer, certains se retournent étonnés mais ça marche. Voici le stade au loin, dernier effort et petite butte avant l'entrée dans le stade. C'est le frisson garanti, les larmes aux yeux... Tout les marathoniens savent de quoi on parle.Que du bonheur! Nous l'avons fait et record personnel battu de 6 minutes.

On a souffert mais déjà nos pensées se tournent vers un nouveau défi. Quelle future destination? C'est cela la magie du marathon, "le plus jamais", "mon dernier" ne dure que quelques instants. La médaille vous fait oublier toutes vos courbatures et vous êtes fiers de votre performance quelle qu'elle soit.

Est-ce le marathon ou la destination qui nous pousse à voyager? Nous, on a choisi.

Après une nuit difficile où nos jambes ne partageaient pas notre enthousiasme, les derniers jours de notre séjour, de cette expérience humaine et conviviale nous ont conduits à faire quelques superbes visites dans ce pays trop méconnu. Merci à tous nos amis qui ont vécu avec nous cette aventure enrichissante et solidaire.

Anne et Yves