Il est cinq heures, Paris s’éveille …
A Pigalle, les stripteaseuses vont se coucher, pour nous c’est déjà l’heure de se lever. Les yeux encore ensommeillés, nous prenons notre petit déjeuner, un peu d’énergie. La nuit fut agitée, trop courte ou trop longue. Comment s’habiller ? On met du court ou on court en long ? Quel temps fera-t-il tout au long de ce foutu marathon? Il ne va pas pleuvoir.
Il est sept heures, Paris veille …
Le petit matin frileux se glisse maintenant sous la Grande Arche. C’est le moment de se mettre en marche. Le métro nous engloutit et nous réchauffe jusqu’à l'Étoile. De là, on déambule entre consignes et sanisettes. Dans cette foule qui grossit, on se perd, on se retrouve et on se perd encore. Il faut se faufiler pour rejoindre son box de départ avec la bonne couleur : rouge, ça bouge – vert, j’espère - gris,tout est permis …
Il est neuf heures, Paris surveille …
Luis est déjà parti, il s’enfuit vers la Place de la Bastille. Nous restons encore prisonnières et transies. Nous essayons de nous réchauffer au milieu de ces milliers de pieds. Les Champs Elysées crachent leur marée humaine. Ça y est, c’est à nous. Seul ou groupés, nous sommes tous emportés. C’est parti pour 42 kilomètres de bonheur et de souffrance.
Il est onze heures, Paris conseille …
La Concorde est déjà loin, nous avons pris la Bastille et traversé le Bois de Vincennes. Les conditions sont idéales, l’ambiance est bon enfant, on prend son pied. En France, c’est le mois des élections, comme pour nous, c'est le jour des grands rendez-vous. Seront-ils aussi nombreux cet après-midi à la Concorde ou à Vincennes ? On court, on se bouscule sur les quais de la Seine. Tu as vu, à gauche, la Tour Eiffel ? Dommage, on a raté Notre-Dame.
Il est treize heure, Paris s’émerveille …
Les derniers kilomètres s'allongent dans le Bois de Boulogne. Clopin, clopan, c’est la tête qui marche maintenant. Le reste du corps, il faut l’oublier. Quel bonheur de croiser nos deux supporters. Leurs encouragements, leurs sourires et c’est reparti, on retrouve un élan pour quelques instants.
Yves, Françoise et Nadine ont déjà franchi la ligne et Luis aussi, depuis longtemps.
On la remontera tous cette avenue Foch : Brigitte, Marianne, Anne, Nadine, Anne, Yves, Sophie, Jérôme et Napo.
Il est quelle heure ? Peu importe, maintenant Paris n’est plus pareil …
Un magnifique souvenir, une grande aventure, un vrai défi, une belle histoire …
Vu par Anne V
Paris 2012, première
tentative sur les mythiques 42.195 km.
Arrivés le
vendredi, nous avons pu profiter d'un petit bistrot parisien sans
s'inquiéter du menu pas trop diététique et de l'apéro offert par
le patron. Samedi, on s'est baladé comme Amélie Poulain dans
Montmartre, sauf qu'il y avait nettement plus de touristes américains
et japonais que dans mes souvenirs tendrement romantiques du film.
Après une petite mise en jambes dans le parc Monceau où l'on voyait
quelques joggers suspects de le fréquenter pour la même raison ;
reconnaissables à leur sac banane Guadeloupe et Martinique, nous
nous sommes choisis un petit restaurant indien feutré aux saveurs
délicieusement parfumées, plutôt que d’avaler le sacro saint
plat de pâtes du jour J-1. Après une nuit de sommeil comparable à
une veille de premier oral à l'Unif, notre hôte nous attendait avec
le p’tit déj spécial marathon (sans les croissants).
Le métro était
bondé de joggers. C'est impressionnant un dimanche matin à sept
heures. On reconnait tout de suite les pros super équipés, les
habitués, les comiques déguisés et les bretons; les finéstérois
et autres irréductibles gaulois ont tous leur petit drapeau et
arborent fièrement leurs couleurs. Il y a des supporters aussi.
Arrivés à Etoile,
on ne sait pas trop par où aller, alors nous suivons la masse. On
fera déjà 2 arrêts par les toilettes pour lesquelles les files
sont interminables, surtout celle dans laquelle est Yves, qui bien
sûr, est celle qui n'avance pas. C'est comme au Colruyt, il y a
toujours un truc qui coince à la caisse avec celui de devant. Je
commence à m’énerver parce qu'on est les derniers et que la
course va démarrer sans nous. Là dessus, Yves laisse tomber une de
ses gourdes dans la toilette. Très frais. C'est évidemment de ma
faute, je n'aurais pas du le stresser, on a tout notre temps, les
élites viennent de partir. On court quand même jusqu'au box de
départ et là mon cœur se serre, je me sens toute seule et j'ai
l'impression que je n'y arriverai jamais. Yves me rassure gentiment
en me disant que comme toujours, cela va aller. Y a pas à dire,
c'est un fin psychologue.
L’attente est longue
quand on ne fait pas partie des rapides. Heureusement on est serré
et la chaleur humaine fait du bien. Il fait glacial et le vent du
nord est piquant. Les meneurs d’allures préparent les troupes, les
gens échangent leurs impressions et prudemment leurs ambitions. A
côté de moi une dame au moins « vétéran 4 » (plus de
septante ans !) me regarde en souriant. Elle est à l’aise,
tout le contraire de moi. Au bout de presque trois quarts d’heures,
alors que je commence à avoir mal aux pieds tellement j’ai froid,
on démarre, on passe au ralenti la ligne de départ et il faudra
bien 5 kilomètres pour se mettre dans le rythme et ne plus ressentir
ce froid désagréable. A ce niveau d’ailleurs d’aucuns ont
abandonné T-shirt, vestes ou polaires. Des SDF font le tri de ce qui
est récupérable.
La foule est
impressionnante et c’est parfois difficile de se frayer un chemin
pour dépasser, mais l’ambiance est cordiale, les gens sont
visiblement détendus et de bonne humeur. Il y a de nombreux
supporters le long des routes, notamment des pompiers qui encouragent
leurs coureurs qui récoltent des fonds pour les orphelins de ces
combattants du feu. Il y a aussi les bretons, toujours avec leurs
drapeaux et leurs couleurs.
Impossible de s’ennuyer
pendant la course, on avance et passe des centaines de dos que l’on
suit plus ou moins longtemps : les transports de Reims, un club
d’Athlétisme de Vannes, des suédois, Mac Millan Foundation, GDF
Suez éco-coureur… Je ne comprends pas bien le lien entre GDF-Suez
et l’écologie ni ce que les éco-coureurs font de plus ou moins
écologiques que les autres, mais bon.
Sur le plan écologie et
déchet, un marathon géant comme celui-là, ce n’est pas vraiment
cela. Les alentours de chaque poste de ravitaillement ressemblent à
un dépotoir sur plusieurs centaines de mètres. Le sol est jonché
de peaux de bananes, pelures d’oranges, bouteilles en plastiques et
emballages de gels énergétiques. Il faut regarder où on pose les
pieds pour ne pas glisser et en plus ça colle par terre! C’est
assez dégueulasse.
A part cela le parcours
est magnifique, ponctué des détails pittoresques comme tous ces
gens, femmes comme hommes, qui s ‘arrêtent pour faire pipi
devant des milliers de personnes dans le bois de Vincennes. Le
marathon est un remède contre l’excès de pudeur ! Après la
griserie d’avoir couru sur les champs Elysées, on passe au milieu
de la route devant tous ces endroits mythiques et splendides de
Paris : le Louvre, la Tour Eiffel… C’est un feu d’artifice
touristique. Et tout au long de ce merveilleux circuit, des
supporters anonymes nous encouragent. Les organisateurs ont eu la
bonne idée de mettre nos prénoms sur nos dossards et c’est
stimulant d’entendre des « allez Anne » ; cela
donne confiance et renforce ce sentiment que je vais y arriver qui
grandit avec les kilomètres qui défilent (deux fois moins vite que
pour les premiers, mais si, si, ça défile).
Le
trentième kilomètre passe et j’attends ce fameux mur qui rend les
jambes lourdes et douloureuses. Il ne viendra pas et au trente
cinquième kilomètre, je commence à me dire que ça y est presque,
je vais réussir. Quelle agréable surprise dans le bois de Boulogne
de voir, non pas des transsexuelles brésiliennes, mais Daniel et
Henri qui ont accompagné notre petit groupe et sont venus nous
soutenir à deux kilomètres de l’arrivée. Cela donne un petit
coup de fouet plus efficace qu’un gel énergétique !
La dame au micro vient
d’annoncer qu’il nous restait cent quatre vingt dix mètres et
cinq cents centimètres ; on est sur l’avenue Foch, l’arrivée
est en point de mire. J’ai envie d’accélérer, mais il ya
toujours autant de monde et il faut slalomer pout y arriver. En
passant la ligne d’arrivée, j’ai les larmes aux yeux. C’est
émouvant de terminer un premier marathon sur une place aussi
grandiose et avec cette masse de gens qui partagent le plaisir et la
fierté d’avoir accompli quelque chose pour soi-même, mais tous
ensemble.
Après ça va très vite,
médaille, T-shirt, ravitaillement, récupération du sac à la
consigne et sortie vers les lieux de rencontre avec les lettres. Yves
et moi, on avait rendez-vous côté A à M. On s’est cherché
pendant une bonne heure à toutes les lettres de nos débuts de noms
et prénoms. Evidemment j’avais une petite angoisse de ne pas le
trouver et je repensais aux ambulances entendues de-ci delà sur le
parcours. Je suis retournée voir à la consigne, mais il avait
récupéré son sac. Ouf ! Pas facile de ne pas s’angoisser
quand on vit avec un mari Addisonien qui se donne à fond dans ses
courses.
Le soir, nous avons fêté
nos performances comme il se doit avec les habituels du road team,
autour d’un mojito à Pigalle !
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